53 ANNEES AU SERVICE DE SON PEUPLE

Après 53 années au service de son peuple, Fooh Melouong est mort le 27 Août 2017 de suite de maladie. Il était 8h15 lorsque le cœur du charismatique Chef du village Melouong a cessé de battre dans le Centre Médicalisé d’Arrondissement qui juste la Chefferie.

Apres avoir reçu des soins de santé des années durant à travers les hôpitaux de référence du Cameroun, d'Italie et de France, il avait décidé de passer ses derniers jours auprès de sa population sur la terre de ses ancêtres. Les obsèques organisées du 08 au 11 Novembre 2017 fut l’occasion pour le peuple Melouong et Bafou, venus par milliers, de lui rendre un hommage sans précédent, célébrant un leadeur visionnaire et bâtisseur. Sa contribution au boom agricole qui fit de Ndziih un des greniers de premier plan pour l’Afrique Centrale, et ses multiples investissements pour la promotion de l’éducation dans son village comptent parmi ses œuvres les plus marquantes. Conformément à ses dernières volontés, son fils Dr Djiofack Zébazé Calvin a été intronisé le 11 novembre 2017  par les autorités traditionnelles et administratives, comme le nouveau chef du village Melouong.

  1. Naissance et cadre familial

Fooh Melouong est né vers 1932 à Melouong un quartier de Ndziih dans le groupement Bafou situé à Dschang dans le département de Menoua, Ouest Cameroun. Sa mère MAAH JIOKEU était née à  Fongo Tongo puis migrée avec sa famille à  TchouTseeh dans Bafou. Son père, le chef  Mbiih Kuetefouet  était descendant d’une dynastie de 7 générations, fondée dans les années 1800 par Fojiokeng à Aghong 1. Mbiih Kuetefouet quitta Aghong 1 pour fonder le quartier Melouong en 1905. Il y fait venir la quasi-totalité de ses frères : Taah Sop, Taah Jihonny, Taah Tsinguia, Taah Métang, etc.  Formidable leçon de fraternité et d’entente entre les enfants d’une famille bénie de Dieu et promise à un beau destin. 

Fooh Melouong a grandi dans une chefferie d’au moins 10 femmes. Sa maman avait 4 enfants : Maah Njioh, Maah Zeutang, Papa Manfo Honoré, et Sa Majesté Fooh Melouong.

  1. Activité de jeunesse 

Tout  petit, le jeune Janvier Djiofack  accompagnait  son  père  dans  les  activités d’élévage de bovins, équins et caprins. A l’adolescence, il se lança dans le commerce ambulant à travers les  marchés  de  l’Ouest-Cameroun  (Dschang, Bafoussam et Mbouda); certainement où il  développa son esprit d’ouverture légendaire. C’est dans le commerce qu’il fit la connaissance de ses meilleurs amis :

  • Mr Samuel Teinkeu, un jeune commerçant dynamique de Bagan Mbouda ;
  • Mr Wakem de Bafang ; et
  • Mr Rémi de Bafang.

C’est aussi par le biais du commerce que le jeune Djiofack très dynamique dans sa jeunesse se faisant appeler « Bastos toujours jeune » va apprendre le français et le pidgin.

  • Accession au trône

Sa Majesté Fooh Melouong accède au trône en 1964 en succédant à son père Mbiih Kuetefouet. Il devint de fait « Nkem », nom utilisé pour désigner les notables de son rang à Bafou. Il assume désormais les fonctions de chef du quartier Melouong. Il est alors Contraint de mener une activité plus sédentaire et poursuivre l’œuvre de son père comme grand éleveur et agriculteur. Comme tout chef Bamiléké, il est doit assumer plusieurs rôles dont les plus importants sont :

  • Leader politique ;
  • Chef religieux et officiel des rites traditionnel ;
  • Garant de la culture et des traditions ;
  • Leader de la cour communautaire de règlement des différends (palabres) ;
  • Leader du corps de la sécurité (Metsoo) ;
  • Officier d’état civil dans la localité (naissances, mariages etc..) ;
  • En bref, l’éclaireur de son peuple.

Pour récompenser son leadership et sa contribution au développement social et économique de  son village, il fut promu Fooh par le Roi Bafou en 1993 et confirmé  Chef de 3ème degré par un arrêté préfectoral en 1997. Le peuple Melouong lui a offert la Célébration du Cinquantenaire du trône en 2014 pour les services rendus. La famille du village Melouong flirterait à ce jour près de 5000 âmes, natifs, et descendants et personnes venues d’ailleurs confondus. A tel point qu’il est difficile à ce jour  de trouver dans Bafou, voire  même dans la Menoua,  une famille dans laquelle Fooh Melouong n'a pas un lien de parenté ou d'amitié.

  1. Quelles sont ses réalisations ?

Fooh Melouong répétait à ses enfants que son papa lui avait confié au moment de son décès avoir l’esprit tranquille. Son père estimait « qu’il était une des meilleures choses que Dieu lui a avait donné ». Son père était donc confiant que le jeune Bastos  allait poursuivre son œuvre dans la bonne direction. En 53 ans de règne, sa majesté Fooh Melouong n’a pas déçu.

Sous le règne de ce grand bâtisseur, Melouong a connu un Développement sans précèdent :

  • Des dizaines de routes et de ponts furent construits à Melouong ;
  • Des châteaux d’eau construits pour donner l’eau potable à la population ;
  • Des efforts sans précédents fournis pour soigner et sensibiliser la population sur les questions de santé,
  • Une révolution verte dans l’agriculture qui  changea radicalement la qualité de vie des populations ;
  • Un boom de l’éducation sans précèdent.

Peut-être que les domaines où le chef Fooh Melouong s’est le plus illustré sont l’agriculture et l’éducation ou la portée de son action va au-delà  du village Melouong.

Un des pionniers de l’agriculture intensive à Bafou et un des pères de la révolution verte à Ndziih 

  • Travailleur acharné, il a dans les années 60 avec certains de ses frères tel que papa Edouard Tsiguia lancé les premières grandes plantations de produits maraichers :
    • Ils étaient certainement inspirés par leurs oncles, Taah Jihonny et Taah Tsinguia travailleurs à l’époque dans les plantations de l’Etat à Mezet, GWANGWAN.
    • Ils ont adopté les techniques modernes utilisées à GWANGWAN et CDC voisin, des plantations d’Etat.
    • Guidé par son esprit d’ouverture légendaire
      • Ils ont lancé la technique de culture sur les sillons dite « ngaleh », et
      • Utilisé des grosses houes et des « dambas ».
    • Cela a boosté la productivité à un niveau sans précèdent à Ndziih
    • A son prime time, il employait pas moins de 100 personnes de façons saisonnières pour la récolte du café.
  • FOOH MELOUONG a aussi largement contribué à la recherche et l’encadrement des jeunes dans l’agriculture :
    • Il était un des partenaires privilégiés de la faculté d’agronomie de l’université de Dschang (FASA) :
      • Recevait jusqu’à sa mort des étudiants stagiaires pour partager son expérience  et expérimenter des nouvelles variétés et nouveaux produits phyto sanitaires:
      • Il aura reçu et hébergé chez lui des dizaines d’étudiants et chercheurs camerounais de toutes les ethnies.
    • Il a Inspiré et tendue la main à ses pairs et d’autres populations de Ndziih ;
    • Ses techniques agricoles étaient appréciées par ses pairs et autres populations de Ndziih qui venaient visiter ses champs, demander des conseils et semences ;
    • Il a ainsi apporté une contribution importante à la révolution verte qu’a connu Ndziih dans les années 1970 et début 1980 devenant un des principaux bassins et grenier des villes de Yaoundé, Douala, et aujourd’hui Gabon, Nigeria, et Guinée équatoriale.
  • Ses prouesses dans l’agriculture lui ont valu la reconnaissance nationale avec plusieurs distinctions :
  • Le 2ème prix sur le porc de race locale au comice agro-pastoral de Bafoussam en 1977
  • Le 3ème prix de  meilleure plantation de café  Arabica au comice agro-pastoral de Bafoussam en 1977
  • Le 1er prix national pomme de terre au comice agro-pastoral de Bertoua en 1981
  • Un mérite agricole en 1986
  • Une médaille d’honneur de travail en 1995
  • Plusieurs prix  sur  le meilleur  café  aux  différents  comices agro-pastoral du village Melouong.

Visionnaire et avant-gardiste, Fooh Melouong était animé d’un goût immodéré pour l’éducation et la promotion de la jeunesse

  • Féru de l’éducation des enfants,  il  fonda  l’école maternelle « Jardin d’enfants COSMOS de Melouong » en 1972;
  • Institua une journée d’excellence scolaire et de célébration de l’éducation à Melouong ;
  • Membre du bureau de l’Association des Parents d’élèves toute sa vie durant ;
  • Lança une fondation (2007) en son propre nom pour attribuer des bourses d’études aux étudiants issus des familles les plus démunies. La fondation Fooh Melouong veuille ainsi depuis 2007 à ce que les portes de l’université ne soient jamais fermées à aucun jeune Melouong pour défaut de moyens.

Famille - grand chef de famille bamiléké

  • En Chef bamiléké, il était marié à plusieurs femmes dont le premier mariage en 1954 ;
  • Père de plusieurs enfants, petits fils et arrières petits fils: près de 60 enfants et 50 petits fils
  • Pas de concession sur la santé et l’éducation
  • Ses efforts sur l’éducation ont porté des fruits. Entre ses enfants et petits-enfants on compte :
    • Plus de 10 enseignants
    • Plus de 10 ingénieurs
    • 6 Doctorat / Ph.D et 7 médecins.
  • Il a aussi transmis les valeurs précieuses à sa progéniture
    • Respect de la tradition et de la culture africaine ;
    • Esprit d’ouverture, et valorise la loyauté et l’amitié ;
    • Respects, Honnêteté.